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Aides à l’emploi et secteur culturel

De quelle manière les associations culturelles se sont-elles emparées des aides à l’emploi, comment les utilisent-elles aujourd’hui et quels en sont les effets sur le secteur ?

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Avec la montée du chômage dans les années 70 apparaissent des politiques spécifiques d’emploi : les premiers contrats aidés sont lancés en 1977 et depuis, tous les gouvernements ont eu recours à ce type d’instrument.
Ayant pour objectif de favoriser l’insertion professionnelle des personnes dites "vulnérables" face à l’emploi, ces contrats restent aujourd’hui l’arme anti-chômage préférée des politiques français.
C’est à partir de 1997 et la création des "Nouveaux Services - Emplois Jeunes" que se met en place un réel soutien à l’emploi associatif.
Ces mesures dont le nombre de bénéficiaires est en déclin depuis une dizaine d’années, connaissent une relative hausse depuis la crise économique de 2008-2009 (emplois d’avenir, contrats de génération, etc.)


FOCUS SUR LE SECTEUR CULTUREL :

Il existe peu d’études analysant la façon dont le secteur culturel associatif s’est saisi de ces aides depuis leur développement au milieu des années 80.
Des travaux ont essentiellement été menés pendant la période du dispositif "Nouveaux Services - Emplois jeunes" 1997-2002 (dont plusieurs travaux d’Opale à consulter en bas de cette page), celle-ci correspondant à un afflux important d’emplois aidés dans les structures culturelles.
Depuis, c’est au travers d’études plus généralistes qu’il faut analyser ces phénomènes et chercher à en dégager des lignes de force.

- Un "avant" et un "après" Dispositif Emplois-Jeunes*
Les associations culturelles se sont emparées des emplois aidés à partir du milieu des années 80, au moment de la création de dispositifs d’insertion professionnelle réservés au secteur non marchand, et ce, afin d’accompagner leur dynamique de développement, ou pour "amorcer ou accentuer une évolution vers le recrutement de personnels permanents".

Mais c’est surtout avec la création des "Nouveaux Services - Emplois jeunes" (NSEJ) en 1997 [1], que le secteur culturel associatif, et plus particulièrement celui du spectacle vivant, se saisit massivement de ces dispositifs, "moins pour tester des activités nouvelles que pour salarier les équipes nécessaires à la consolidation et au développement de projets ayant déjà fait leur preuve, souvent sur la base d’un important bénévolat".
En effet, il répondait aux attentes de ces structures en cela qu’il "affirmait d’emblée un objectif prioritaire d’appui à la création et à la pérennisation de nouvelles activités, et non d’aide temporaire aux chômeurs en difficulté".
Quelques chiffres sur les NSEJ du secteur culture le montrent (Source Cnasea, années 2000) :
• 11% de l’ensemble des emplois jeunes créés tous secteurs confondus
• 37% de l’effectif salarié sur un échantillon de 42 associations étudiées
• 42% de l’effectif des structures musiques actuelles étudiées par Opale
• 35 % pour les structures nouveaux territoires de l’art

Ce dispositif a constitué un élément déterminant pour le développement et la structuration du secteur culturel en cela qu’il a souvent permis d’embaucher le personnel nécessaire au développement de ses projets, auparavant bien souvent bénévole, et "bouleversé les frontières du champ de l’intervention publique en matière culturelle, sans que l’intention politique en ait été clairement formulée au départ : il y a eu invention de l’usage du programme".
Pour certains secteurs cette intervention a eu une portée encore plus significative : création du premier poste et augmentation des activités pour le secteur des arts de la rue et du cirque, création de nouveaux services, qualité de ces services due au recrutement de jeunes aux niveaux de formation élevés, permanence de fonctionnement due à la durée du dispositif (cinq voire huit ans), création de nouveaux métiers (combinaison de tâches liées à la gestion, à la technique ou l’accueil et l’information) pour celui des musiques actuelles.

La sortie du dispositif annoncée dès 2003 [2] a donc été plus ou moins problématique pour les structures culturelles puisque cela les privait d’une part de leurs ressources (en moyenne 9,6% du budget pour les structures musiques actuelles étudiées par Opale, 9,7% pour celles des arts de la rue et du cirque) et donc fragilisait leur activité.
Ces structures se sont alors tournées vers les autres aides à l’emploi mises en place par l’État et les collectivités.

*Sources et documents associés : cliquer ici

- La culture, un secteur fréquemment ciblé dans les politiques d’aides à l’emploi
La période succédant les NSEJ est marquée par une succession rapide des lois et "l’empilement" des dispositifs causés par l’urgence de la régulation à court terme du chômage. En 2010 est donc instaurée une simplification avec la création du contrat unique d’insertion, suivi en 2012 par les Emplois d’avenir et en 2013 par le Contrat de génération.
Le secteur culturel a souvent été cité comme propice à l’utilisation de ces dispositifs car considéré comme attractif et possédant un fort potentiel de création d’emplois : l’emploi culturel est donc potentiellement un élément d’insertion professionnelle.
A titre d’exemple, en 2009, l’État a fixé des objectifs quantitatifs de 10.000 contrats aidés afin d’accompagner la mobilisation pour l’emploi dans le secteur culturel.
En 2013, c’est le programme "500 emplois d’avenir pour les radios associatives" qui est mis en place.
Pour les pouvoirs publics, ces dispositifs, en plus de lutter contre le chômage, sont également utilisés comme outils :
• d’accès à la culture : ils permettent de "sensibiliser nos concitoyens, les plus jeunes d’entre eux en particulier, à la richesse culturelle des équipements de leur territoire pour qu’ils se les approprient et les fassent vivre. Il doit également offrir de nouvelles perspectives professionnelles à des jeunes éloignés de l’emploi."
• mais aussi d’"amélioration de la capacité d’intervention des structures qui participent à la mise en œuvre des politiques culturelles" [3]

- Une évolution difficile à analyser
Nous ne disposons que de peu de chiffres permettant de mesurer au niveau national la part de l’emploi aidé dans l’effectif salarié global du secteur culturel et son évolution :
• les travaux menés en 2005 et 2011 par Viviane Tchernonog sur le paysage associatif français [4] : ils font état que dans le secteur culturel [5], le pourcentage d’associations faisant appel aux contrats aidés était de 16% en 2012 contre 17% en 2005, pour une part de 8% (en 2005 et en 2012) du total de l’emploi salarié.
• l’enquête menée par Opale en 2008 "Vers une meilleure connaissance des associations culturelles employeurs" : montre, quant à elle, que les emplois aidés représentaient en moyenne 17% de l’emploi salarié (hors emploi artistique) des associations interrogées.

- Quelques collectivités innovantes en matière d’emploi culturel et artistique
Quelques régions ont été pionnières en terme de mise en place d’aides à des postes qualifiés au sein des associations, souvent présentées comme une réponse régionale au désengagement de l’État avec la fin des emplois-jeunes.
Aujourd’hui, une majorité de régions proposent des dispositifs nommés emplois « tremplins », « associatifs » ou « solidaires », etc.

Même si elles sont peu nombreuses dans ce cas, certaines régions (Rhône Alpes, Paca) ont développé des aides spécifiques au secteur culturel, afin de soutenir un secteur qu’elles considéraient comme attractif et dynamique. Certaines de ces aides ont été testées de manières expérimentales puis abandonnées, mais d’autres subsistent toujours.
Pour connaitre les aides à l’emploi culturel toujours en vigueur, cliquez ici.


ANNÉE : 2014

MAJ - septembre 2014


[1Ce dispositif s’adressait aux jeunes de moins de 26 ans en recherche d’emploi ainsi qu’à ceux de 26 à 30 ans sans emploi, non indemnisables par l’Unedic ou reconnus handicapés. Ces emplois de droit privé étaient subventionnés par l’État à hauteur de 80 % du Smic pendant cinq ans.

[2En 2002, la priorité est donnée aux aides à l’emploi dans le secteur marchand : le programme NSEJ est donc suspendu.

[3Extrait de la circulaire SG-DDAI n°2009/001 relative à la mise en œuvre du plan de mobilisation pour l’emploi dans le secteur culturel (2009)

[4Le Paysage associatif Français, mesures et évolution, Viviane Tchernonog, 2007 et 2013

[5Cette étude inclut outre la gestion des équipements (musées, bibliothèques, centres culturels, cinéma), etc.. les associations qui produisent ou organisent des spectacles, œuvrent dans la préservation du patrimoine culturel, etc.