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Intercompréhension

Dans un article intitulé « Intercompréhension et coopération dans le travail », le professeur de sociologie Philippe Zarifian insiste sur l’importance de l’intercompréhension, qui suppose la définition d’un enjeu commun, de moments de communication et d’un référentiel d’action commun.

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« Coopérer, c’est opérer ensemble, c’est agir ensemble, travailler conjointement à plusieurs. Il est bon de distinguer d’entrée de jeu, la coopération de la coordination, car toute organisation ou institution développe nécessairement des moyens et des modalités de coordination. Coordonner, c’est ordonner ensemble des activités, les accomplir selon un certain ordre, mais sans passer nécessairement par des moments ou des modalités de coopération. »

L’importance de l’intercompréhension.
(…) Intuitivement, la compréhension réciproque est simple à formuler : comprendre autrui pour mieux coopérer. Comprendre autrui : - son point de vue, - son apport potentiel, ses ressources en savoirs et compétences, en engagement possible, - ses contraintes, - ses attentes en retour d’une pratique de coopération. (…) Mais cette intercompréhension suppose des conditions assez rigoureuses, dès lors que l’on veut l’organiser et permettre sa réussite et pérennité. Je poserai 3 grandes conditions :

1) la définition d’un enjeu commun.
Un enjeu est situé plus en amont qu’un simple objectif. Qu’est ce qui fait enjeu pour l’action commune ? Par exemple, dans une université, la conciliation entre la montée en nombre des étudiants et la qualité du suivi personnalisé de chacun d’eux. C’est un enjeu qui demande à être cerné et réfléchi par les équipes enseignantes et qui concerne toutes les disciplines. Formuler ensemble ce qui fait enjeu, c’est déjà le partager.

2) La définition et l’usage de moments de communication.
Par "communication", j’entends ici la pratique consistant à formuler des accords, des ententes, d’autant plus profonds et efficaces qu’ils auront été discutés. Je poserai trois objets à cette communication :
• a. Se mettre d’accord sur les caractéristiques des problèmes et événements, de la réalité à affronter et prendre en charge en commun. C’est une manière de partager (en partie) les savoirs experts, de créer un langage commun que j’appelle celui de la mise en problème, de parler des mêmes choses avec les mêmes mots. Critère de réalité.
• b. Se mettre d’accord sur le sens et la valeur des actions à engager en commun. Par sens et valeur, j’entends l’orientation à donner à ces actions et l’importance que chacun y attache, la valeur qu’il lui apporte. L’orientation, l’importance, la réussite future de la coopération. Critère de sens.
• c. Enfin donner l’occasion de s’exprimer aux expériences et intentions proprement personnelles (en-deçà du métier exercé et de la coopération engagée). Ce que chaque personne est prête à mettre d’elle-même dans un projet commun et à quelles conditions, par rapport à quel moment dans sa trajectoire de vie. Critère d’engagement personnel.

3) Enfin, la définition d’un référentiel d’action commun qui formalise ce à quoi chacun (chaque métier et chaque personne) pourra se référer, référentiel qui établit le quoi et le comment sur les manières de prendre ensemble ou de faire converger les actions autour des enjeux et problèmes élucidés.
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Intervention lors de la journée du 25 janvier 2005, organisée par l’Institut de formation des cadres de santé du Centre Hospitalier Universitaire de Dijon. Par Philippe Zarifian Professeur de sociologie à l’Université de Marne la Vallée.


ANNÉE : 2005

MAJ - avril 2014