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Les clés de la coopération selon Axelrod

Hervé Gouil, dans son livre "Réapprendre à coopérer", présente les clés de réussite et facteurs d’échec des expériences de coopération définies par le professeur Axelrod à partir de ses travaux sur la théorie des jeux.

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- Quatre clés de la réussite
Les règles pour coopérer autour d’un projet, quelle que soit sa nature, sont simples sur le plan théorique. Elles tiennent en quelques mots :
La bienveillance, ou confiance a priori
Avoir l’intention de faire gagner l’autre et croire qu’il peut partager la même aspiration peu déclencher la coopération. Ce geste généreux au départ est un signe qui permet à l’autre de comprendre qu’on peut gagner ensemble. Cette confiance est au cœur du démarrage d’un projet coopératif.
La réciprocité
La coopération se construit si l’autre joue la réciprocité dans l’échange et vous permet également de gagner. Axelrod confirme en cela les analyses de Marcel Mauss sur la théorie du don, et l’importance pour chacun d’être à la fois en situation de donner, de recevoir et de rendre.
La susceptibilité
Dans certains groupes, la coopération ne peut se poursuivre car l’un des membres ne joue pas le jeu et cherche à gagner seul sans renvoyer à la collectivité les éléments qui permettent à tous de gagner. Il est alors de la responsabilité de chaque membre du groupe de lui faire savoir son désaccord. Le rôle de la sanction est ainsi important dans les coopératives. Être susceptible (vigilant), c’est être capable, si nécessaire par la sanction, de rappeler la nécessité de la réciprocité des échanges.
La tolérance
Une fois les règles éclaircies, et d’éventuels écarts régulés, il faut également être capable de redonner sa confiance sans garder de rancœur. C’est la notion de pardon, soulignée avant Axelrod par un autre chercheur et théoricien des comportements coopératifs, le philosophe et psychologue Anatole Rapaport. Sans cette capacité de pardon, impossible de redonner une chance à la coopération de s’établir à nouveau.
(…)

- Deux causes de l’échec
L’indétermination de la durée des échanges est essentielle. Pour que la coopération se développe et se maintienne, il ne faut pas savoir combien de temps elle durera. Si l’on sait que la partie va finir, ou que l’on prédit la fin du partenaire, la défection ou la trahison représentent alors les comportements d’optimisation de ses propres gains. Cela rejoint l’expérience de certains territoires : pour qu’un territoire se développe, il faut que les acteurs aient envie d’y rester et non pas de faire des « coups » comme on le voit dans le cas d’entreprises qui s’implantent, prennent des subventions et repartent très vite.
De même, alors que la plupart des acteurs économiques (fournisseurs, clients, banquiers) ont généralement intérêt à soutenir une entreprise en difficulté, si l’un d’entre eux est convaincu que l’entreprise est condamnée, il retirera son soutien pour limiter sa perte potentielle, et ce retrait contribuera à la réalisation de sa funeste prévision.
Dans d’autres situations de fin prévisible de la relation, vente de l’entreprise, départ à la retraite, contrat à durée déterminée, voire même divorce, les observations de logiques d’optimisation personnelle prenant brutalement le pas sur une expérience parfois exemplaire de coopération sont fréquentes.

Un dernier point est encore noté par Axelrod, qui rend difficile la concrétisation de la coopération : le désir d’asseoir sa renommée, ou la tentation de prouver qu’on est « le plus malin » condamnent toute tentative de développement coopératif.
Lorsque l’envoie de se distinguer supplante la seule recherche de l’optimisation de ses gains, (qui consiste à réussir individuellement et collectivement), la coopération devient impossible. Or cette tentation du « tout à l’ego » pour reprendre une expression du psychothérapeute Alain Delourme semble fréquente et pour certains même indissociable de la nature humaine.

Après avoir rendu lisibles les règles de la coopération et souligné leur puissance, Axelrod nous livre donc également les clefs de ce qui met fin à la coopération. Anticiper la fin de l’échange avec le partenaire, jouer du court terme au lieu du long terme, vouloir se montrer le plus malin, sont autant de manières de disqualifier une manière pourtant efficace de travailler avec les autres, jusqu’à parfois en nier la possibilité.


Extraits de "Réapprendre à coopérer, abécédaire", Hervé Gouil, Edts Yves Michel, 2010 - pages 27 à 30


ANNÉE : 2010

MAJ - septembre 2013